Friday, May 18, 2007

Actualité culturelle : SarkUbu Roi

Depuis le rififi diplomatique qu'a constitué l'expulsion de ressortissants shadoks de France vers le Yémen (cf l'article ci-dessous) les relations entre la planète Shadok et la planète Sarko sont pour le moins distendues. C'est pourquoi l'Etat Major shadokien s'est montré favorable pour accueillir en Shadokie une troupe de théâtre entrée en "résistance culturelle" contre la Sarkozie. Leur intention est loin d'être terroriste à part le sabotage de deux ou trois rimes, le filage de quelques métaphores subversives ou bien encore s'agit-il de faire sauter quelques ponts linguistico-sémantiques. Bref, en ce moment, se met en scène en Shadokie une adaptation libre de la célèbre pièce d'Alfred Jarry renommée pour l'occasion SarkUbu Roi. Ariane Mnouchkine est aux manoeuvres, et avec dans le rôle titre, Philippe Torreton.

Extrait n°1 :

ACTE III, Scène 3 :

Père SarkUbu :
- Apportez la caisse à Pauvres et le crochet à Pauvres et le couteau à Pauvres et le bouquin à Pauvres! Ensuite, faites avancer les Pauvres.
(On pousse brutalement les Pauvres.)
Mère SarkUbu :
- De grâce, modère-toi, Père SarkUbu.
Père SarkUbu :
- J'ai l'honneur de vous annoncer que pour enrichir le royaume je vais faire périr tous les Pauvres et prendre ce qu'ils n'ont pas.
Les Pauvres :
- Horreur! à nous, peuple et soldats!
Père SarkUbu :
- Amenez le premier Pauvre et passez moi le crochet à Pauvres. Ceux qui sont condamnés à mort, je les passerai dans la trappe, ils tomberont dans les sous-sols du Pince-Porc et de la Chambre-à-Sous, où on les décervelera. - (Au Pauvre.) Qui es-tu, bouffre ?
Le Pauvre :
- François Hollande.
Père SarkUbu :
- De combien sont tes revenus ?
Le Pauvre :
- Je paye l'ISF mais j'ai toujours préféré les pauvres aux riches.
Père SarkUbu :
- Condamné! (Il le prend avec le crochet et le passe dans le trou.)
Mère SarkUbu :
- Quelle basse férocité!
Père SarkUbu :
- Second Pauvre, qui es-tu ? (Le Pauvre ne répond rien.) Répondras-tu, bouffre ?
Le Pauvre :
- Abdallah Mouissi, peintre en bâtiment.
Père SarkUbu :
- Excellent! Excellent! Je n'en demande pas plus long. Dans la trappe. Troisième Pauvre, qui es-tu ? Tu as une sale tête.
Le Pauvre :
- José Bové, officiellement agriculteur bio et accessoirement altermondialiste. J'ai fait campagne contre vous, SarkUbu, mais elle m'a coûté beaucoup d'argent et je suis quasi ruiné.
Père SarkUbu :
- Très bien! Très bien! Il ne te reste pas quelquechose ?
Le Pauvre :
- Et bien...Il reste bien mon manoir qui fonctionne à l'énergie solaire mais, depuis votre élection, ce bel astre ne brille plus guère.
Père SarkUbu :
- Dans la trappe, alors. Quatrième Pauvre, qui es-tu ?
Le Pauvre :
- Julien Dupuis.
Père SarkUbu :
- Quels sont tes revenus ?
Le Pauvre :
- J'ai un bac + 5 et cela fait 3 ans que je suis demandeur d'emploi. On me propose des métiers pour lesquels je suis surqualifié mais je ne veux pas y aller. J'attends encore d'obtenir de meilleures offres.
Père SarkUbu :
- Pour cette mauvaise parole, passe dans la trappe. Cinquième Pauvre, qui es-tu ?
La Pauvre :
- Madeleine M'bamo, je suis ouvrière, payée au salaire minimum depuis 25 ans, dans une industrie textile du Nord qui est entrain de délocaliser.
Père SarkUbu :
- Ca n'est pas lourd. Tu n'as rien d'autre ?
La Pauvre :
- Cela me suffisait.
Père SarkUbu :
- Eh bien ! mieux vaut peu que rien. Dans la trappe.Qu'as-tu à pigner, Mère SarkUbu ?
Mère SarkUbu :
- Tu es trop féroce, Père SarkUbu.
Père SarkUbu :
- Eh! je m'enrichis. Je vais faire MA liste de MES biens. Greffier, lisez MA liste de MES biens.
Le Greffier :
- Les chaussures de sécurité d'Abdallah Mouissi.
Père SarkUbu :
- Commence par les biens d'un peu de valeur, stupide bougre !
Le Greffier :
- Le studio de Julien Dupuis payé par ses parents, la Renault 5 de Mme M'bamo datée de 1990, le manoir de M. Bové qui marche grâce au soleil sauf qu'il ne brille plus, les militants de François Hollande.
Père SarkUbu :
- Et puis après ?
Le Greffier :
- C'est tout.
Père SarkUbu :
- Comment, c'est tout ! Oh bien alors, en avant les Pauvres, et comme je finirai pas de m'enrichir je vais faire exécuter tous les Pauvres, et ainsi j'aurai tous les biens vacants. Allez, passez les pauvres dans la trappe. (On empile les Pauvres dans la trappe.) Dépêchez-vous plus vite, je veux faire des lois maintenant.



Extrait n°2 :

III,3.

Père SarkUbu :
- Je vais d'abord réformer la justice, après quoi nous procèderons aux finances.
Plusieurs Magistrats :
- Nous nous opposons à tout changement.
Père SarkUbu :
- D'abord les magistrats ne seront plus payés.
Magistrats :
- Et de quoi vivrons-nous ? Nous sommes pauvres.
Père SarkUbu :
- Vous aurez les amendes que vous prononcerez et les biens des condamner à mort.
(...)
Magistrats :
- Nous nous refusons de juger dans des conditions pareilles.
Père SarkUbu :
- A la trappe les magistrats ! (Ils se débattent en vain.)
Mère SarkUbu :
- Eh ! Que fais-tu ? Qui rendra maintenant la justice ?
Père SarkUbu :
- Tiens ! moi. Tu verras comme ça marchera bien.
Mère SarkUbu :
- Oui, ce sera du propre.









3 Comments:

Anonymous Anonymous said...

D'une logique implacable ce ptit Père des Pauvres...
D'un discernement redoutable cette Lilas!

11:07 AM  
Anonymous Anonymous said...

détour mortel, disponible sur daily motion, à voir en vf obligatoirement (c plus drôle), un chef-d'oeuvre du cinéma d'horreur.
Martin Silénus et Fedman Kassad

5:21 PM  
Blogger jehanne la pucelle said...

Dame Lilas, bravo!
Le texte de Jarry reste plus que jamais d'actualité!

Oph

11:58 AM  

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